Judy Huenneke
Lorsque Mary Baker Eddy décida que son Église devait publier un journal quotidien, elle n’offrit pas beaucoup d’explications. Dans l’ordre qu’elle donna au conseil d’administration de la Société d’édition de la Science Chrétienne, le 8 août 1908, il est indéniable qu’elle était convaincue de l’importance du Monitor, même si elle n’entrait pas dans les détails : «Je vous demande de lancer un journal quotidien immédiatement et de l’appeler le Christian Science Monitor. Que cela se fasse sans tarder. La Cause exige qu’il soit publié dès maintenant.» (L07268, Mary Baker Eddy aux Fidéicommissaires, 8 août 1908, Collection Mary Baker Eddy)
«Un but élevé»
Il est frappant de noter que Mary Baker Eddy était convaincue qu’un journal apporterait soutien et force à la Cause de la Science Chrétienne. Dans le monde du journalisme américain du début du XXe siècle, il est clair que les journaux n’avaient pas un rôle aussi élevé ! Il suffit de lire les commentaires cinglants de l’Encyclopædia Britannica de 1911 sur les journaux de l’époque. Après avoir indiqué que les innovations en matière de production du papier, de composition et de communication (le télégraphe) avaient permis à des journaux bon marché de se développer, l’article fait remarquer que ces nouvelles conditions «qui touchent de plus en plus la presse écrite des États-Unis, ont peu à peu changé le caractère des journaux et l’effet qu’ils ont sur leurs lecteurs. Un gros tirage est devenu la seule preuve de réussite et le seul moyen de tirer profit de la vente à très bas prix d’un journal. Il en est naturellement résulté une baisse de qualité, dans le but d’attirer le plus grand nombre de lecteurs possible» (Encyclopædia Britannica, 11e édit. Vol XIX, p. 547). Au cours des années, Mary Baker Eddy avait elle-même subi les attaques d’une presse venimeuse à de nombreuses reprises, et tout particulièrement lors d’un procès haineux l’année précédant la sortie du Monitor.
Il est certain que Mary Baker Eddy avait choisi un média inattendu comme partie intégrante et vitale de sa Cause. Pourquoi ? La remarque qu’elle fit le jour où le premier Christian Science Monitor parut, en novembre 1908, donne quelques indications sur la vision qu’elle avait pour le journal. Irving C. Tomlinson, membre de sa maisonnée, a rapporté ce moment par la suite :
«... Matin sombre et brumeux. Mrs. E a demandé si c’était un matin sombre. “Oui, un brouillard épais le rend encore plus sombre que d’ordinaire”, a répondu quelqu’un. “Il fait sombre selon les sens”, a dit Mr Frye. “Oui, mais seulement selon les sens, a répondu Mrs. Eddy, nous savons que le contraire de l’erreur est vrai. En Vérité, c’est le jour le plus lumineux de tous. C’est le jour où notre journal sort pour éclairer le genre humain”. » (A11927, «25 nov. 1908, 9h00», Collection Mary Baker Eddy)
Plus tard, en 1910, Archibald McLellan, alors rédacteur en chef du Monitor, décrivit la raison d’être du journal lors d’une causerie à Chicago : «“D’abord l’herbe, puis l’épi, puis le grain tout formé dans l’épi.” Ceux qui, parmi vous, connaissent bien le Monitor, ont certainement remarqué cette devise en haut de la page éditoriale et se sont peut-être demandé ce qu’elle signifiait ; or sa signification est la simplicité même. Elle représente l’idéal élevé que sa Fondatrice a placé devant les membres de la rédaction du Monitor : un but élevé qu’ils doivent s’efforcer d’atteindre ; en labourant le sol de la pensée humaine avec patience et persévérance, jour après jour, jusqu’à ce que le champ soit bientôt couvert de blés mûrs et jusqu’à ce qu’ils entendent : “C’est bien, bon et fidèle serviteur”.» (Subject File, “McLellan, Archibald—Addresses by”, Collection Mary Baker Eddy)
«De pair avec le temps»
Beaucoup de lecteurs des périodiques de la Science Chrétienne connaissent une directive importante que Mary Baker Eddy a laissée au sujet du Monitor et des publications de la Société d’édition en général. Il s’agit de la disposition du Manuel de l’Église exigeant que les périodiques de l’Église «marchent de pair avec le temps» (voir Art. VIII, sect. 14). L’histoire montre que le Christian Science Monitor a pris cette demande très au sérieux, y voyant un appel à l’action, à une évolution sans peur. Pour aller «de pair avec le temps» dans le monde du journalisme, il est nécessaire de se transformer à mesure que le monde se transforme, et il est certain que le Monitor est passé par de nombreux changements au cours du siècle dernier. D’ailleurs, ce fait est devenu évident très tôt dans l’histoire du journal. En novembre 1918, le Monitor a dix ans et la Première Guerre mondiale se termine en modifiant profondément le rôle des États-Unis sur la scène internationale. Bien plus encore qu’auparavant, l’Amérique est maintenant une force dans les affaires internationales. À l’époque, le rédacteur en chef s’appelait Frederick Dixon. Il était anglais et dès sa nomination en 1914, peu avant le début de la guerre, il avait commencé à faire du Monitor un journal manifestant un intérêt particulier pour les questions et les événements internationaux. Trois ans plus tard, en 1917, le Monitor se définit comme un «quotidien international».
Un monde multimédia
En journalisme, il est essentiel d’être conscient des changements qui s’opèrent sur la scène nationale et internationale. Or, en marchant de pair avec le temps, le Monitor est aussi attentif aux transformations technologiques. Ce n’est pas non plus un phénomène nouveau ; certaines innovations remontent aux premières années de l’existence du journal. Par exemple, vers 1915, les voitures à cheval ont cédé la place aux camions qui ont permis au Monitor de bénéficier d’un système de distribution plus efficace et plus rapide.
Les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale ont connu des bouleversements politiques ainsi que d’énormes changements sur le plan technologique. Il ne fait aucun doute que ces progrès ont jeté les bases de la technologie dont nous sommes entourés au XXIe siècle.
La radio qui, dans les années 20, est devenue un moyen essentiel et rapide de communiquer les nouvelles, constitue peut-être le changement le plus important pour le journalisme. Puis, en 1923, le premier numéro du magazine Time est sorti : le premier magazine d’information national hebdomadaire aux États-Unis.
Les journaux n’étaient plus les seuls à transmettre les nouvelles. Il est très intéressant de noter que le Monitor a dû faire face à ce défi alors qu’il n’avait pas encore vingt ans d’existence ! Dès les années 30, le public était informé par les journaux, les magazines, les actualités dans les cinémas et les réseaux de radiodiffusion nationaux. Puis en 1950, les journaux imprimés ont encore dû affronter un rival supplémentaire : la télévision. Et ces deux médias ne se faisaient pas seulement concurrence pour les reportages, mais aussi pour l’argent que rapporte la publicité, pour les sources de revenus.
Tandis que les chaînes de télévision et la télévision par câble, puis Internet sont devenus des sources d’information extrêmement importantes, le Monitor, pour continuer à « marcher de pair avec le temps » doit relever un défi encore plus grand qu’auparavant. La technologie a rendu le monde plus petit, en permettant aux journalistes de recueillir des informations par des moyens qui n’avaient jamais été possibles auparavant. Il en résulte que le Monitor tient ses engagements en continuant à transmettre un large éventail de nouvelles internationales, pas seulement des nouvelles concernant les États-Unis.
Alors que le Monitor entame son deuxième siècle d’existence, certains se demandent peut-être : Le Monitor doit-il continuer à exister ? Est-il encore nécessaire d’«éclairer le genre humain» ? Est-il encore nécessaire de labourer « le sol de la pensée humaine jour après jour» ? La réponse à chacune de ces questions est un oui retentissant ! Car le monde a encore besoin de l’intégrité, de la vision et des idéaux du Monitor, et la Cause de la Science Chrétienne l’exige.
Judy Huenneke est l’archiviste principale de la Bibliothèque Mary Baker Eddy, à Boston.